Par Jacques Dufresne
Président de l'Encyclopédie de L'Agora sur Internet, co-éditeur de Appartenance-Belonging
C'est le problème de la solitude, bien illustré par l'histoire de monsieur Raoul, qui est à l'origine de ce site, où il y aura place pour l'action autant que pour la réflexion. Les êtres les plus fragiles, les aînés privés de leur autonomie, les personnes touchées par une déficience intellectuelle, une maladies mentale ou un handicap physique sont les plus exposées à la solitude et à ses séquelles. En cas de catastrophe écologique et sociale, elles seraient aussi les premières victimes. On ne s'étonnera donc pas qu'elles soient le premier objet de notre sollicitude. Le premier mais non l'unique objet.
Une lutte contre la déshumanisation
C'est nous-mêmes aussi , en tant que société et individus, que nous protégeons contre la déshumanisation quand nous accueillons les plus fragiles. Nous avons en commun eux et nous une même faiblesse en tant qu'êtres humains. Nous pouvons avoir l'illusion d'en être exempts, elle est irréfutable en eux. Leur présence à nos côtés la dévoile en nous, ce qui nous rend plus humains. La déshumanisation est une dureté de l'âme découlant de l'oubli de notre fragilité. Nous sommes à la fois force et faiblesse.C'est quand nous avons l'illusion de n'être que force que nous abusons de la force. Tel est le supplément de sens que les êtres fragiles apportent à la société. Nos obligations à leur égard ne découlent pas de ce qu'ils ont des droits, mais de ce qu'ils ont et qu'ils sont des dons qui nous sont indispensables.
Le problème de la solitude n'est pas seulement social, il est lié aux problèmes écologiques et économiques. Toutes les formes de vie sont liées entre elles comme les éléments d’un écosystème de telle sorte que lorsque la vie est attaquée dans une culture, elle se retire de toutes ses manifestations, des communautés et des écosystèmes aussi bien que des personnes et de leurs créations: maisons, villes, œuvres d’art, à l’instar de la mer qui, à marée descendante, se retire uniformément de toutes les baies. C'est là où il y a le plus de langues menacées qu'il y a le plus d'espèces en voie d'extinction. Le retour de la vie ne peut s’opérer que de la même manière, simultanément dans toutes ses manifestions à la fois.
Un appel à la cohérence
L'appartenance, en tant que lien vivant, prend ici tout son sens. Hier encore menaçante, la vie est aujourd’hui une chose fragile entre nos mains. Elle était notre mère, elle est devenue notre enfant, un enfant handicapé. Et l’on ne pourrait plus désormais séparer la sollicitude pour la vie de la sollicitude pour ses incarnations les plus fragiles. Cette situation nouvelle et unique est un appel à la cohérence: fais en sorte qu'une même inspiration imprègne toutes tes actions, sans quoi tu déferas par ta pratique du sport ou du commerce ce que tu auras commencé à faire dans domaine de l'énergie ou de l'agriculture. Ainsi notre respect pour les plus fragiles d'entre nous pourra orienter l'ensemble de notre action et deviendra le baromètre de notre vie morale.
|